Georg Simmel

Naissance 1er mars 1858
Berlin, Confédération allemande
Décès 28 septembre 1918 (à 60 ans)
Strasbourg, Empire Allemand
NationalitĂ© Allemagne Allemagne
Profession philosophe et sociologue

Georg Simmel, nĂ© le 1er mars 1858 Ă  Berlin en Allemagne et mort le 28 septembre 1918 Ă  Strasbourg, est un philosophe et sociologue.

En 1874, son père Edward Simmel décède et laisse une fortune colossale qui rend ses sept enfants financièrement indépendants.

Simmel a été une référence importante pour l'École de Chicago.

Simmel Ă©tudie la philosophie et l'histoire Ă  l'UniversitĂ© Friedrich-Wilhelm de Berlin de 1876 Ă  1881. En 1881 il devint docteur en philosophie avec sa thèse « Das Wesen der Materie nach Kant's Monadologie Â». Il devient « Privatdozent Â» Ă  l'universitĂ© de Berlin en 1885 jusqu'en 1901.

Sa femme Gertrud, qu'il Ă©pousa en 1890, est elle-mĂŞme philosophe et Ă©crit sous le pseudonyme de Marie-Luise Enckendorf notamment sur les sujets de la religion et de la sexualitĂ©. Privatdozen très apprĂ©ciĂ© des Ă©tudiants et de nombreuses personnalitĂ©s berlinoises, il ne fut jamais reconnu par la hiĂ©rarchie universitaire. Ce n'est qu'en 1901, qu'il devint « Ausserordentlicher Professor Â», un titre purement honorifique qui ne lui permit pas de prendre part Ă  la vie de la communautĂ© universitaire. Ses ouvrages ne lui attirèrent pas non plus les faveurs de ses collègues de l'universitĂ© de Berlin, mais suscitèrent l'intĂ©rĂŞt de l'Ă©lite intellectuelle berlinoise.

Sommaire

modifier Éléments de sa sociologie

modifier Distinction forme/contenu de socialisation

La sociologie de Georg Simmel se caractĂ©rise tout d’abord par l’angle d’approche particulier qu’elle prĂ©conise pour Ă©tudier le vivre ensemble. Simmel nous donne une description très prĂ©cise de ce qu’est cet angle d’approche dans son livre Sociologie paru en 1908 et rééditĂ© en français aux PUF en 1999. Pour Ă©tudier la sociĂ©tĂ©, Simmel nous dit qu’il faut la prendre dans son acception la plus large, c’est-Ă -dire, « lĂ  oĂą il y a action rĂ©ciproque de plusieurs individus Â» (Sociologie, p.43), le terme important de cette dĂ©finition Ă©tant rĂ©ciproque. Ce que la sociologie doit observer, ce sont les liens qui existent entre les individus, ce qu’il appelle la socialisation (traduction du terme allemand employĂ© par Simmel qui ne renvoie pas aux thĂ©ories habituelles de la socialisation comme transmission sociale. Certains auteurs prĂ©fèrent, pour cette raison, employer le mot « sociation Â» pour rĂ©fĂ©rer Ă  cette idĂ©e). L'idĂ©e de socialisation implique toujours une influence rĂ©ciproque des uns sur les autres, il ne saurait y avoir de socialisation figĂ©e une fois pour toute. La socialisation est toujours quelque chose de dynamique.

Ceci ne nous dit pas encore ce qui caractérise la manière qu’a le sociologue de mettre en forme la réalité de ces actions réciproques qu’il veut observer. Il nous dit alors que le discours sociologique se caractérise par l’emploi de la distinction purement conceptuelle entre contenu de socialisation et forme de socialisation. Simmel définit le contenu de socialisation comme

« (...) tout ce que les individus, le lieu immĂ©diatement concret de toute rĂ©alitĂ© historique, recèlent comme pulsion, intĂ©rĂŞt, buts, tendances, Ă©tats et mouvement psychologiques, pouvant engendrer un effet sur l’autre ou recevoir un effet venant des autres. Â»
    â€” Sociologie, p. 44.

Le contenu de socialisation est donc tout ce qui fait bouger l’individu, toutes les pulsions, physiques ou psychologiques, qui le poussent à rentrer en interrelation avec un autre. Ces contenus de sociabilité vont alors se réaliser dans une certaine forme particulière. La forme est ce qui rend le contenu social. Ainsi, Simmel dira que le contenu est la matière de la socialisation qui est elle-même la forme que prend l’action réciproque à laquelle le contenu donne lieu. Synthétisons ce que nous venons de dire par une phrase de Simmel

« Voici les Ă©lĂ©ments de tout ĂŞtre et de tout fait social, insĂ©parable dans la rĂ©alitĂ© : d’une part, un intĂ©rĂŞt, un but, ou un motif, d’autre part une forme, un mode de l’action rĂ©ciproque entre les individus, par lequel, ou sous la forme duquel ce contenu accède Ă  la rĂ©alitĂ© sociale. Â»

Cette approche insiste fortement sur l’individu, qui est le « lieu immĂ©diatement concret de toute rĂ©alitĂ© historique Â». Simmel nous dit que pour rĂ©ussir Ă  percer les mystères de l’être social, il faut partir de l’étude de l’atome le plus petit de cette rĂ©alitĂ© : l’individu. (Sociologie, p. 44)

Regardons Ă  titre d’exemple si l’on peut employer la distinction forme/contenu dans le cas de l’étude de la notion « d’habiter Â». Nous pourrions dire tout d’abord qu’il existe un contenu de socialisation qui serait l’obligation de se loger, de s’abriter. On peut facilement convenir que les hommes ne peuvent survivre sans s’abriter, sans se protĂ©ger des agressions du milieu naturel oĂą ils vivent (pluie, froid, canicule…).

Ce besoin physique, nĂ©cessaire, va alors prendre une forme particulière. Cette forme particulière socialise le contenu parce qu’elle existe Ă  la fois indĂ©pendamment des hommes qui vont la mettre en Ĺ“uvre, mais aussi par les hommes qui ont prise dessus et peuvent la modifier sans cesse. C’est cette forme d’action rĂ©ciproque que prend le contenu « se loger Â», qui pourrait ĂŞtre appelĂ©e « habiter Â». En ce sens simmelien, « habiter Â» est quelque chose qui touche Ă  l’être social et qui dĂ©passe l’individu, puisqu’on peut le penser comme une forme de socialisation. En ce sens, une Ă©tude sociologique de l’habiter serait possible.

modifier Existence de la forme

Il existe cependant un lĂ©ger flou concernant la notion de forme. Dans l’introduction Ă  l’édition française des PUF, cette notion n’est prĂ©sentĂ©e que comme Ă©tant un outil mĂ©thodologique permettant de rendre compte de la rĂ©alitĂ©, de former une reprĂ©sentation abstraite, sociologique, de la rĂ©alitĂ©. L’auteur de cette introduction, reprenant la conception de Raymond Boudon, nous dit que le concept de forme est un synonyme de celui de modèle, fonctionnant sur la mĂŞme logique que l’idĂ©al type weberien. Le concept de forme dans cette conception ne possède donc aucun sens ontologique. Il ne fait pas partie de l’être rĂ©el des faits sociaux. Il existe cependant une autre interprĂ©tation du concept de forme. Si Simmel reconnaĂ®t en effet que la sociologie, lorsqu’elle s’exprime sur la forme de certaines interactions ne peut que « poser des concepts et des ensembles de concepts dans une puretĂ© et une abstraction totale qui n’apparaĂ®t jamais dans les rĂ©alisation historique des ces contenus Â» (ibid., p. 176), la forme d’une interaction est cependant pour lui une dimension qui avec le contenu forme la totalitĂ© de l’être du fait social. L’abstraction consiste donc pour atteindre l’être du social a y distinguer la forme du contenu.

Faisant cela, il ne faut pas perdre de vue que la forme est un des composants de la réalité de l’action réciproque, même si le sociologue ne peut en donner qu’une image qui n’épuise jamais la totalité de cette réalité. Cette seconde interprétation insiste sur le fait que la forme en elle même possèderait une existence réelle, et qu'elle n'est pas à confondre avec l’image de la forme que construit le sociologue dans son travail qui elle, ressortant d’un travail d’abstraction, n’épuise jamais toute la substance de la forme réelle d’une interaction. Pour illustrer cette seconde interprétation du concept de forme, partons de l’introduction, rédigée par Simmel à son livre Philosophie de l’argent, où il explique ce qu’est pour lui la philosophie. Ce texte montre en effet comment Simmel propose d’élaborer une ontologie des phénomènes sociaux

La caractĂ©ristique de la philosophie par rapport aux autres sciences est que la philosophie prĂ©sente les prĂ©supposĂ©s qui la sous-tendent pour examen. Seulement, mĂŞme en faisant cela, elle ne peut ĂŞtre autre chose qu’une approximation des phĂ©nomènes par le biais de notions gĂ©nĂ©rales. Cependant, la philosophie propose une image particulière du monde qui est indispensable « vis-Ă -vis de maintes questions, de ces questions qui relèvent surtout des valorisations ainsi que des connexions les plus gĂ©nĂ©rales de la vie de l’esprit Â» (Philosphie de l'argent, p 14). Pour Simmel, la philosophie (comme toutes sciences ou tout art) doit ĂŞtre « entendue comme interprĂ©tation, coloration, accentuation sĂ©lective du rĂ©el par l’individu Â» (ibid., p. 14). On voit dans cette phrase en quoi la philosophie de mĂŞme que la sociologie de Simmel peut ĂŞtre traitĂ©e de relativiste. La Sociologie comme la philosophie et d’ailleurs toutes les autres sciences reposent sur des prĂ©supposĂ©s particuliers (ceux de la philosophie Ă©tant d’examiner ces propres prĂ©supposĂ©s et de procĂ©der par gĂ©nĂ©ralisation du rĂ©el) et ne sont au final qu’une manière particulière qu’un individus a de mettre en forme le monde et « qui n’épuise jamais la totalitĂ© d’une rĂ©alitĂ© Â» (ibid., p. 15)

Que serait alors, dans cette perspective une « philosophie de l’argent Â» ? Quelles « droits Â» la philosophie possède-t-elle alors sur des objets isolĂ©s comme l’argent. Une telle philosophie serait « en deçà et au delĂ  Â» d’une science Ă©conomique de l’argent.

Elle peut d’une part Ă©tudier le phĂ©nomène de l’argent de manière analytique : « prĂ©senter les postulats qui, dans la constitution psychique, dans les rapports sociaux, dans la structure logique des rĂ©alitĂ©s et des valeurs, affectent Ă  l’argent son sens et sa position pratique. Â» (p. 14) Il s’agira de dĂ©duire l’argent « des conditions qui portent son essence et la signifiance de son existence Â» (p. 14). Simmel cherche Ă  « dĂ©ployer la structure et l’idĂ©e [du phĂ©nomène historique de l’argent] en partant des sentiments de valeur, de la praxis envers les choses, et des relations interhumaines de rĂ©ciprocitĂ© vues comme leurs prĂ©supposĂ©s Â» (ibid., p. 14).

Elle peut d’autre part Ă©tudier le phĂ©nomène de l’argent de manière synthĂ©tique c’est-Ă -dire « Ă  travers ses effets sur l’univers intĂ©rieur : sur le sentiment vital des individus et l’enchaĂ®nement de leur destin, sur la culture dans sa gĂ©nĂ©ralitĂ© Â» (p. 14). Il s’agit de substituer aux processus particuliers de la rĂ©alitĂ© des connexions de concepts et d’autre part d’interprĂ©ter des causalitĂ©s psychiques qu’on ne peut qu’interprĂ©ter. Il s’agit de pratiquer « un recoupement du principe de l’argent avec les Ă©volutions et valorisations de la vie intĂ©rieure Â» (p. 15).

Pour rĂ©sumer, Simmel nous dit qu’une philosophie de l’argent doit comporter une phase dite analytique, loin devant le champ de la science Ă©conomique de l’argent, qui doit : « Ă©clairer l’essence de l’argent Ă  partir des conditions et relations de la vie gĂ©nĂ©rale Â» (p. 15) ; et une phase dite synthĂ©tique, loin derrière le champ de la science Ă©conomique, qui doit « [Ă©clairer], inversement, l’essence de la vie gĂ©nĂ©rale et son modelage Ă  partir de l’influence de l’argent Â» (p. 15).

Au final donc, l’argent, pour Simmel, n’est que « le moyen, le matĂ©riau ou l’exemple nĂ©cessaires pour prĂ©senter les rapports qui existent entre d’une part les phĂ©nomènes les plus extĂ©rieurs, les plus rĂ©alistes, les plus accidentels, et d’autre part les potentialitĂ©s les plus idĂ©elles de l’existence, les courants les plus profonds de la vie individuelle et de l’histoire. Le sens et l’ensemble se rĂ©sume Ă  ceci : tracer, en partant de la surface des Ă©vènements Ă©conomiques, une ligne directrice conduisant aux valeurs et aux signifiances dernières de tout ce qui est humain Â» (p. 16). Il s’agit pour Simmel de « dĂ©celer dans chaque dĂ©tail de la vie le sens global de celle-ci Â». Simmel créé une nouvelle vision des chose matĂ©rielle :

« Il s’agit de construire, sous le matĂ©rialisme historique, un Ă©tage laissant toute sa valeur explicative au rĂ´le de la vie Ă©conomique parmi les causes de la culture spirituelle, tout en reconnaissant les formes Ă©conomiques elles-mĂŞmes comme le rĂ©sultat de valorisations et de dynamique plus profondes de prĂ©supposĂ©s psychologiques, voire mĂ©taphysiques. Ce qui doit se dĂ©velopper, dans la pratique cognitive selon une rĂ©ciprocitĂ© sans fin : Ă  chaque interprĂ©tation d’une figure idĂ©elle par une figure Ă©conomique se liera l’exigence de saisir cette dernière Ă  son tour par des profondeurs plus idĂ©elles, dont il faudra de nouveau dessiner le soubassement Ă©conomique gĂ©nĂ©ral, et ainsi de suite Ă  l’infini. Avec cette alternance, cet entrelacs de principes Ă©pistĂ©mologiques opposĂ©s dans l’abstrait, l’unitĂ© des choses, qui paraĂ®t inaccessible Ă  notre connaissance et pourtant fonde sa cohĂ©rence, devient pour nous pratiques autant que vivante Â»
    â€” Philosphie de l'argent, p. 17.

Comment expliquer cette phrase ? Il ne s’agit pas d’avoir une vision historique, voire finale de l’évolution du monde humain. Il s’agit au contraire de dire que la vie matĂ©rielle est cause de la culture spirituelle et qu’en mĂŞme temps, que la forme que prend la vie matĂ©rielle est le rĂ©sultat de processus de valorisation et de prĂ©supposĂ©s psychologiques. Prenons l’exemple de l’argent. En tant qu’il existe matĂ©riellement, pratiquement, il existe toujours en mĂŞme temps idĂ©ellement. Cela revient Ă  dire que notre connaissance des choses est pratique et vivante. SchĂ©matisons : l’homme créé mentalement l’argent et va créé une rĂ©alitĂ© matĂ©rielle correspondant Ă  cette rĂ©alitĂ© idĂ©elle qu’il va ensuite valoriser. L’argent possède abstraitement une double rĂ©alitĂ©, matĂ©rielle et idĂ©elle. L’argent possède donc une existence matĂ©rielle et va venir, par cette existence influencer la vie idĂ©elle des hommes, la vie idĂ©elle changeant, les hommes vont en quelque sorte rĂ©inventer l’argent matĂ©riel ainsi que la forme de leur pratique, qui Ă  son tour va rĂ©inventer l’idĂ©e sous-tendant la pratique… selon un cercle infini. L’unitĂ© des choses ressort in fine de l’entrelacs de ces deux principes Ă©pistĂ©mologiques opposĂ© dans l’abstrait mais qui par leur entrelacs successif et infini constitue l’unitĂ© de la chose extĂ©rieures. L’opposition entre une philosophie rĂ©aliste ou idĂ©aliste ne tient pas la route pour Simmel.

C’est Ă  partir de cette idĂ©e que Simmel va construire son ouvrage sur l’argent, en le coupant en deux parties. La première dite « analytique Â» s’occupe de dĂ©terminer l’essence de l’argent Ă  partir de la vie interne des individus, c’est-Ă -dire du sens que lui confère les individus dans leur action ; et la seconde, dite synthĂ©tique s’attache Ă  l’opposĂ©e Ă  dĂ©terminer l’effet de l’argent sur la vie interne des individus et sur ce qu’il appelle la culture objective.

modifier Modernité et autonomisation des formes

Il faut cependant concéder que le concept de forme de Simmel est loin d’être des plus clair. Cela d’autant plus qu’il entre à certain moment de l’œuvre en relation avec un autre couple de concept qui est celui opposant la culture objective à la culture subjective. La culture objective étant l’ensemble de la culture telle qu’elle existe en dehors des individus, et la culture subjective, la part de cette culture objective intériorisée par l’individu. Cette distinction entre en interaction avec le concept de forme parce que selon Simmel, certaines formes, qui sont parfois appelées, pour les différencier des formes plus fugaces, formes sociales, se retrouvent dans la culture objective. Certaines formes s’autonomisent et acquièrent donc une sorte de force qui leur permet de déterminer la forme mise en œuvre dans une action réciproque par les individus qui s’y engagent. Cela étant dit, n’oublions pas que s’il existe des formes objectives capables de déterminer les formes particulières et concrètes d’interaction, ces formes vont être modifiées par les individus qui les emploient. Ce qui mène à l’existence de ce phénomène infini de réciprocité entre le monde idéel et le monde matériel que décrit Simmel quand il parle de l’argent. Nous pouvons illustrer cela par quelques extraits.

Dans ce premier extrait issue du chapitre 6 de Philosophie de l’argent, Simmel nous parle de trois formes sociales qui selon lui se sont fortement autonomisĂ©es avec la modernitĂ© (on pourrait mĂŞme dire que selon notre auteur, l’autonomisation de ces trois formes est l’élĂ©ment constitutif de la modernitĂ©). Ces trois formes sont celle du droit, soit la forme que prend Ă  l’âge moderne les formes de normation de conduite ; de l’argent, soit la forme moderne des relations d’échange ; et de l’intellectualitĂ©, forme moderne des relations basĂ©es sur une transmission de savoir. Simmel va nous dire que ces trois formes en s’autonomisant des individus pour devenir un Ă©lĂ©ment de la culture objective vont obtenir le pouvoir de dĂ©terminer des formes d’interaction.

« Tous trois, droit, intellectualitĂ© et argent se caractĂ©risent par l’indiffĂ©rence vis-Ă -vis de la particularitĂ© individuelle ; tous trois extraient, de la totalitĂ© concrète des mouvements vitaux, un facteur abstrait, gĂ©nĂ©ral, qui se dĂ©veloppe d’après des normes spĂ©cifiques et autonomes, et intervient depuis celles-ci dans le faisceau des intĂ©rĂŞts existentiels, leur imposant sa propre dĂ©termination. En ayant ainsi le pouvoir de prescrire des formes et des directions Ă  des contenus qui par nature leur sont indiffĂ©rents, ils introduisent tous trois, inĂ©vitablement, dans la totalitĂ© de la vie, les contradictions qui nous occupent ici. Quand l’égalitĂ© s’empare des fondements formels des relations interhumaines, elle devient le moyen d’exprimer de la façon la plus aiguĂ« et la plus fructueuse les inĂ©galitĂ©s individuelles ; en respectant les limites de l’égalitĂ© formelle, l’égoĂŻsme a pris son parti des obstacles internes et externes et possède dĂ©sormais, avec la validitĂ© universelle de ces dĂ©terminations, une arme qui, servant Ă  chacun, sert aussi contre chacun. Â»
    â€” Philosphie de l'argent, p. 563.

Le second extrait provient d’un chapitre de Sociologie ou Simmel s’interroge sur les rĂ©sultats de la domination d’un grand nombre d’individus sur d’autres individus, chapitre oĂą il va ĂŞtre amenĂ© Ă  diffĂ©rencier l’action d’un grand nombre « comme formation particulière unitaire, incarnant en quelque sorte une abstraction – collectivitĂ© Ă©conomique, État, Église (…) et d’autre part, celle d’une foule rassemblĂ©e ponctuellement Â» (p. 199). Cet extrait montre que ce caractère dĂ©terminant des formes sociales objectivĂ©es (dont font partie le mariage, l’État, l’Église…) n’est pas de l’ordre de la relation constante, mais est alĂ©atoire.

« La dernière raison des contradictions internes de cette configuration peut ĂŞtre formulĂ©e ainsi : entre l’individu, avec ses situations et ses besoin d’un cĂ´tĂ©, et toutes les entitĂ© supra- ou infra-individuelle et les dispositions intĂ©rieures ou extĂ©rieures que la structure collective apporte avec elle d’un autre cĂ´tĂ©, il n’y a pas de relation constante, fondĂ©e sur un principe, mais une relation variable et alĂ©atoire. (…) Ce caractère alĂ©atoire n’est pas un hasard, si l’on peut dire, mais l’expression logique de l’incommensurabilitĂ© entre ces situations spĂ©cifiquement individuelles dont il est question ici, avec tout ce qu’elles exigent, et les institutions et atmosphères qui rĂ©gissent ou qui servent la vie commune et cĂ´te Ă  cĂ´te du grand nombre. Â»
    â€” Sociologie p. 200.

Ces deux extraits nous montrent, et c’est le point de vue dĂ©fendu par Danilo Martuccelli, que l’œuvre de Simmel peut ĂŞtre lue comme l’étude de la tension, caractĂ©ristique de la modernitĂ©, entre culture subjective et objective, entre dĂ©terminant objectif de l’action et dĂ©terminant subjectif, entre ce qui dans la sociĂ©tĂ© n’est que sociĂ©tĂ© : les formes et ce qui est psychologique . Cette tension dĂ©coulant selon Simmel d’un des traits propres de l’homme :

« La facultĂ© de l’homme de se diviser lui-mĂŞme en parties et de ressentir une quelconque partie de lui-mĂŞme comme constituant son vĂ©ritable Moi, qui entre en conflit avec d’autres parties et lutte pour la dĂ©termination de son activitĂ© – cette facultĂ© met frĂ©quemment l’homme, pour autant qu’il a conscience d’être un ĂŞtre social, dans une relation d’opposition aux impulsions et intĂ©rĂŞts de son Moi qui restent extĂ©rieures Ă  son caractère social : le conflit entre la sociĂ©tĂ© et l’individu comme un combat entre les parties de son ĂŞtre. Â»
    â€” Sociologie et Ă©pistĂ©mologie, 1981, pp. 137-138.

modifier Œuvres traduites en français

  • Philosophie de l'argent, P.U.F., 1987
  • Sociologie et Ă©pistĂ©mologie, P.U.F., 1981, 1989
  • Les Pauvres, P.U.F., 1998
  • Sociologie, Ă©tude des formes de la socialisation, P.U.F., 1999
  • Secret et sociĂ©tĂ©s secrètes, CircĂ©, 1991
  • Le Conflit, CircĂ©, 1992
  • Rembrand, CircĂ©, 1994
  • La religion, CircĂ©, 1998
  • La philosophie du comĂ©dien, CircĂ©, 2001
  • La sociologie et l'expĂ©rience du monde social, MĂ©ridiens Klincksieck, 1986
  • Philosophie et sociĂ©tĂ©, Vrin, 1987
  • Philosophie de la modernitĂ© 1 : la femme, la ville, l'individualisme, Payot, 1988
  • Philosophie de la modernitĂ© 2 : esthĂ©tique et modernitĂ©, conflit et modernitĂ©, testament philosophique, Payot, 1990
  • La parure, MSH, 1998
  • Florence, Rome, Venise, Allia, 1998
  • Philosophie de l'aventure, L'Arche, 2002
  • Le cadre, Gallimard, 2003
  • La forme de l'histoire, Gallimard, 2004
  • Le problème de la sociologie et autres textes, Ă©ditions du Sandre, 2006
  • La tragĂ©die de la culture et autres essais, Rivages, 1988
  • L'argent dans la culture moderne et autres essais sur l'Ă©conomie de la vie, MSH, 2006
  • EsthĂ©tique sociologique, MSH, 2007
  • Le pauvre, Allia, 2009

modifier Bibliographie germanophone (avec traduction)

  • Zur Psychologie der Frauen (1890)
  • Ăśber sociale Differenzierung (1890)
  • Die Probleme der Geschichtsphilosophie (1892; 3. erw. Auflage 1907)
  • Einleitung in die Moralwissenschaft (1892/93)
  • Philosophie des Geldes (1900)
  • Zur Psychologie der Scham (1901)
  • BrĂĽcke und TĂĽr. Essays des Philosophischen zur Geschichte, Religion, Kunst und Gesellschaft. (1903)
  • Kant und Goethe. Zur Geschichte der modernen Weltanschauung (1906)
  • Die Religion (1906)
  • Soziologie (1908)
  • Grundfragen der Soziologie (1917)
  • Der Konflikt der modernen Kultur (1918)
  • La psychologie des femmes
  • Sur une diffĂ©renciation sociale
  • Les problèmes de la philosophie de l'histoire
  • Introduction Ă  la science de la morale
  • Philosophie de l'argent
  • La psychologie de la honte
  • Pont et porte. Essais philosophiques sur l'histoire, la religion, l'art et la sociĂ©tĂ©.
  • Kant et Goethe. Contribution Ă  l'histoire de la conception du monde moderne
  • La religion
  • Sociologie
  • Questions fondamentales de la sociologie
  • Le conflit de la culture moderne

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modifier Voir aussi

modifier Articles connexes

modifier Études sur Simmel

  • (fr) Guy Ankerl, Sociologues allemands. Études de cas en sociologie historique et non-historique. Nechâtel, A la Baconnière, 1972.
comprend « La sociologie de la forme Â», 73-108 pp.
  • (fr) Raymond Aron, Essai sur la thĂ©orie de l'histoire dans l'Allemagne contemporaine. La philosophie critique de l'histoire, Paris, Vrin, 1938.
  • (en) David Frisby, Sociological Impressionism: A Reassessment of Georg Simmel's Social Theory, Routledge, 1992.
  • (en) Siegfried Kracauer, « Georg Simmel Â» in The Mass Ornament, Harvard University Press, 1995.
  • (fr) François LĂ©ger, La pensĂ©e de Georg Simmel, KimĂ©, 1989.
  • (fr) FrĂ©dĂ©ric Vandenberghe, La sociologie de Georg Simmel, La DĂ©couverte, 2001.
  • (fr) Patrick Watier, Simmel sociologue, CircĂ©, 2003.
  • (de) Hartmann, Alois (2003) : Sinn und Wert des Geldes. In der Philosophie von Georg Simmel und Adam (von) MĂĽller. Lire en ligne. Berlin. ISBN 3-936749-53-1
  • (fr) Laure Cahen-Maurel, « Dehors, dedans: le 'face Ă  face' du pauvre avec la sociĂ©tĂ© Â» postface de la traductrice, in Le pauvre, Allia, 2009.

modifier Lire en ligne

modifier Liens externes et source

  • (de) Cet article est partiellement ou en totalitĂ© issu d’une traduction de l’article de WikipĂ©dia en allemand intitulĂ© « Georg Simmel Â».
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