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Pour les articles homonymes, voir Conscience (homonymie). Page d'aide sur l'homonymie
Psychologie
Approches et courants

Psychodynamique ‱ Humanisme ‱ BĂ©haviorisme ‱ Cognitivisme ‱ Neuropsychologie ‱ Psychanalyse

Branches

Psychologie sociale ‱ Psychologie clinique ‱ Psychologie cognitive ‱ Psychologie diffĂ©rentielle ‱ Psychanalyse de l'enfance

Concepts

Intelligence ‱ Cognition ‱ Motivation ‱ Émotion ‱ PsychothĂ©rapie

Auteurs

Sigmund Freud ‱ Carl Gustav Jung ‱ Abraham Maslow ‱ Carl Rogers ‱ Jean Piaget ‱ Françoise Dolto ‱ Jacques Lacan ‱ Serge Lebovici ‱ Ivan Pavlov ‱ Burrhus F. Skinner ‱ Kurt Lewin ‱ Stanley Milgram ‱ Daniel Kahneman ‱ Herbert Simon

Voir aussi

Portail ‱ CatĂ©gorie

v Â· d Â· m

La conscience est un processus cérébral (i.e. un ensemble d'activités neuronales)1 qui se traduit par la faculté mentale et subjective d'apercevoir les phénomÚnes, sa propre existence ou ses états émotionnels. Si je suis triste, heureux et que je me rends compte que je suis triste ou heureux, par exemple, je prends conscience de mes états affectifs.

Il ne faut pas confondre la conscience ainsi définie avec la conscience morale traitée plus bas dans cet article.

Sommaire

modifier Introduction

Il est important de distinguer :

  • la conscience en tant que phĂ©nomĂšne mental liĂ© Ă  la perception et constructions mentales,

qui comprend :

  1. la conscience du monde qui est en relation avec la perception du monde extĂ©rieur, des ĂȘtres vivants douĂ©s ou non de conscience dans l’environnement et dans la sociĂ©tĂ© (autrui)
  2. la conscience de soi et de ce qui se passe dans l’esprit d’un individu : perceptions internes (corps propre), aspects de sa personnalitĂ© et de ses actes (identitĂ© du soi, opĂ©rations cognitives, attitudes propositionnelles).


Le terme conscience est donc susceptible de prendre plusieurs significations, selon le contexte.

modifier Conscience comme représentation du monde et des réactions à celui-ci

Ce premier sens indique une reprĂ©sentation, mĂȘme trĂšs simplifiĂ©e, du monde et des rĂ©actions par rapport Ă  celui-ci. On parle alors de conscience du monde, en anglais awareness.

C’est celle qui est Ă©voquĂ©e dans des expressions comme perdre conscience, ou Ă  l'inverse prendre conscience. Cette conscience-lĂ  est considĂ©rĂ©e comme prĂ©sente chez les mammifĂšres.

Chez l'homme, les recherches rĂ©centes sur plusieurs pĂ©riodes de l'histoire montrent l'importance du concept de reprĂ©sentation : Voir par exemple Georges Duby (sur le bas Moyen Age), Jean Delumeau (sur la Renaissance), et sur un plan plus Ă©pistĂ©mologique, les recherches de Michel Foucault relatives Ă  l'Ă©pistĂ©mĂš. La psychologie sociale parle aussi de reprĂ©sentation sociale.

modifier Représentation de sa propre existence

La conscience est un fait au sens oĂč Descartes affirme dans les MĂ©ditations MĂ©taphysiques que "l'Ăąme est un rapport Ă  soi". L'introspection de la conscience considĂšre ainsi le doute mĂ©thodique comme l'objet premier du rapport Ă  soi.

Dans un sens plus individuel, la conscience peut aussi correspondre Ă  une reprĂ©sentation, mĂȘme trĂšs simplifiĂ©e, de sa propre existence. On parle alors de conscience de soi, ou conscience rĂ©flexive, en anglais consciousness.

On l’attribue pour le moment essentiellement Ă  l’homme et aux grands singes anthropoĂŻdes comme le chimpanzĂ© et l’orang-outan. Il semble Ă©galement raisonnable de l'Ă©tendre aux dauphins et Ă©lĂ©phants qui disposent de capacitĂ©s cognitives et affectives avancĂ©es.

La conscience dans ce second sens implique celle du premier, puisque « se connaĂźtre Â» signifie nĂ©cessairement « se connaĂźtre dans ses rapports au monde Â» (y compris d’autres ĂȘtres potentiellement douĂ©s de conscience). L'inverse n'est en revanche pas vrai. Pour prendre un exemple limite, une boucle de commande comprenant un thermostat constitue une forme Ă©lĂ©mentaire de conscience du monde Ă  laquelle rien n'incite Ă  attribuer une conscience de soi.

modifier Relation entre la conscience de soi et la conscience du monde

La conscience de soi est bien illustrĂ©e en mĂ©decine, surtout au niveau individuel. C'est en effet une des fonctions vitales qui permet de rĂ©agir aux situations, de bouger et parler spontanĂ©ment. Plus gĂ©nĂ©ralement, l’état de conscience (de la conscience pleine au coma profond) est dĂ©terminĂ© par l’état neurologique du patient.

modifier Forme minimale de conscience du monde

Au niveau de la conscience du monde, les choses peuvent se montrer plus complexes, en impliquant un ensemble de phĂ©nomĂšnes liĂ©s au contexte sociologique, politique, Ă©conomique. Le degrĂ© minimal de conscience du monde semble celui oĂč on a tout simplement quelque chose Ă  dire sur le monde (la philosophie ne sait dire quoi que ce soit pour le moment (2006) sur une conscience non observable par ses manifestations : Ce dont on ne peut parler, il faut le taire explique Wittgenstein, et pourtant, il y a bien lĂ  un point important, essentiel de la philosophie, restĂ© obscur depuis toujours). Un simple capteur de prĂ©sence possĂšde un dĂ©but de reprĂ©sentation du monde (prĂ©sence, absence). Encore faut-il pour s'intĂ©grer dans un schĂ©ma de conscience que cette information soit utilisĂ©e en aval par quelque chose (dĂ©clencheur d'alarme, etc).

modifier Forme minimale de conscience de soi

La conscience de soi, comme la conscience du monde (RenĂ© Dubos dirait « agir local / penser global Â») n'est jamais complĂšte. Une question qui s'en dĂ©duit - puisque toutes sont incomplĂštes - est « quel est le degrĂ© minimal de conscience de soi imaginable ? Â». Descartes y rĂ©pond par son cĂ©lĂšbre « Je pense, donc je suis Â». Les sciences cognitives s'intĂ©ressent Ă  dĂ©tailler le sens opĂ©rationnel de cette phrase (voir Antonio Damasio, Daniel Dennett...).

On connaĂźt la formule de Socrate : « connais-toi toi mĂȘme Â», qui montre qu'une mauvaise connaissance de soi a un impact sur la connaissance du monde et rĂ©ciproquement - puisque nous faisons partie du monde. En fait, la conscience de soi dĂ©signe la conscience de phĂ©nomĂšnes particuliers reliĂ©s au concept de soi.

modifier La notion de culture

On pourrait aussi rapprocher la notion de conscience du monde de celle de culture, en tant que systĂšme de reprĂ©sentation. Le mot culture est souvent perçu en langue française dans une acception individuelle avec une connotation « intellectuelle Â» (ce terme n'Ă©tant pas toujours perçu positivement), encore qu'il exite des sens collectifs : culture d'entreprise, culture française, culture de masse,...

En allemand, les deux sens sont donnĂ©s par des mots diffĂ©rents : Bildung et Kultur.

modifier Les aspects de la conscience

modifier Pluralité de manifestations

Outre les deux sens principaux dĂ©jĂ  vus, le concept de conscience a de nombreux sens ou manifestations que l’on peut s’efforcer de distinguer, bien que dans certains cas ces diffĂ©rences soient surtout des diffĂ©rences de degrĂ©s :

  • La conscience comme sensation : tout ĂȘtre douĂ© de sensibilitĂ© peut ĂȘtre dit conscient, dans la mesure oĂč il perçoit son environnement et rĂ©pond Ă  des stimuli ;
  • la conscience spontanĂ©e, sentiment intĂ©rieur immĂ©diat ; certains philosophes de l’AntiquitĂ© (par exemple les StoĂŻciens) parlent de toucher intĂ©rieur ;
  • on peut distinguer une Ă©tape supĂ©rieure, en signifiant par le mot conscience un Ă©tat d’éveil de l’organisme, Ă©tat qui diffĂšre du prĂ©cĂ©dent par le fait qu’il ne se rĂ©duit pas Ă  la passivitĂ© de la sensibilitĂ© (cf. en anglais, le mot wakefulness, vigilance, alerte); en ce sens, il n’y a pas de conscience dans l’état de sommeil profond ou dans le coma ;
  • Conscience de soi : la conscience est la prĂ©sence de l’esprit Ă  lui-mĂȘme dans ses reprĂ©sentations, comme connaissance rĂ©flexive du sujet qui se sait percevant. Par cette prĂ©sence, un individu prend connaissance, par un sentiment ou une intuition intĂ©rieurs, d’états psychiques qu’il se rapporte Ă  lui-mĂȘme en tant que sujet. Cette rĂ©flexivitĂ© renvoie Ă  une unitĂ© problĂ©matique du moi et de la pensĂ©e, et Ă  la croyance tout aussi problĂ©matique que nous sommes Ă  l’origine de nos actes ; ce dernier sens est une connaissance de notre Ă©tat conscient aux premiers sens. Le domaine d’application est assez imprĂ©cis et comporte des degrĂ©s : s’il s’agit d’une conscience claire et explicite, les enfants ne possĂšdent sans doute pas la conscience en ce sens ; s’il s’agit d’un degrĂ© moindre de conscience, d’une sorte d’éveil Ă  soi, alors non seulement les enfants peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme conscients, mais peut-ĂȘtre aussi certains animaux.
  • un autre sens du mot conscience a Ă©tĂ© introduit par le philosophe Thomas Nagel : il s’agit de la conscience pour un ĂȘtre de ce que cela fait d’ĂȘtre ce qu’il est.
  • la conscience comme conscience de quelque chose (conscience transitive, opposĂ©e Ă  l’intransitivitĂ© du fait d’ĂȘtre conscient). Cette conscience renvoie Ă  l’existence problĂ©matique du monde extĂ©rieur et Ă  notre capacitĂ© de le connaĂźtre ;

Dans l’ensemble de ces distinctions, on peut noter une conception de la conscience comme savoir de soi et perception immĂ©diate de la pensĂ©e, et une autre comme sentiment de soi impliquant un sous-bassement obscur et un devenir conscient qui sont en gĂ©nĂ©ral exclus de la premiĂšre conception.

  • la conscience morale, quant Ă  elle, dĂ©signe le jugement moral de nos actions. Dans ce cas, la conscience nous permet de distinguer le bien du mal. Voir plus bas.

modifier Questions fondamentales liées à la conscience

Il existe de nombreuses thĂ©ories qui s’efforcent de rendre compte de ce phĂ©nomĂšne. À partir de ces thĂ©ories, on peut mettre en avant quelques groupes de questions fondamentales :

  • Quelle est la nature de la conscience (et, par suite, son origine et son dĂ©veloppement) ?
  • Quelles sont ses caractĂ©ristiques ?
  • Quel est son mode d’existence ? Comment peut-elle exister Ă  partir d’entitĂ©s non-conscientes ?
  • Quelle est sa fonction ? A-t-elle une causalitĂ© propre et, si oui, de quelle nature ?
  • Quelles relations la conscience entretient-elle avec les autres phĂ©nomĂšnes de la rĂ©alitĂ©, physiques et mentaux ?

En rĂ©sumĂ©, il s’agit de dĂ©crire la conscience, de dĂ©couvrir sa cause et de dĂ©terminer son rĂŽle et sa valeur.

Ce sujet fait l’objet des travaux de Daniel Dennett, Antonio Damasio et Jean-Pierre Changeux, ainsi que des sciences cognitives.

Le modĂšle du spectateur cartĂ©sien est remis en cause car, comme le fait remarquer Daniel Dennett, on ne peut expliquer la conscience par la conscience : expliquer exige que l’explication ne fasse pas appel elle-mĂȘme Ă  une comprĂ©hension de ce qu’on souhaite justement expliquer (« To explain means to explain away Â»). En d’autres termes, on n’aura expliquĂ© la conscience que lorsque cela aura Ă©tĂ© fait en termes ne faisant pas intervenir le mot ni le concept de « conscience Â». Sinon, on tombe dans un argument circulaire (voir l’article : sophismes).

Il semble que ces questions soient à mettre en rapport avec le cogito de Descartes, remis dans son contexte, et avec la notion de représentation du monde. Descartes conçut sa philosophie en réaction au modÚle géocentrique, incarné par les "aristotéliciens" et la scolastique décadente de son époque, et en fonction du modÚle héliocentrique qui émergeait avec les observations faites par Galilée (voir Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo, 1633).

modifier Disciplines concernées

Dans le langage courant, le concept de conscience peut ĂȘtre opposĂ© Ă  l’inconscience, Ă  l’inattention, Ă  la distraction, au divertissement, etc.

En rĂ©alitĂ©, il existe un regard Ă©pistĂ©mologique sur la conscience, dĂ©fendu entre autres par la sophrologie caycĂ©dienne, Ă  savoir que la conscience est une force intĂ©gratrice de tout : l'inconscient, le subconscient et le conscient.

La psychanalyse parle d'inconscient qui peut ĂȘtre vu individuellement (conception de Freud), ou collectivement (conception de Carl Gustav Jung : inconscient collectif).

Outre la psychanalyse et la mĂ©decine, l’étude de la conscience concerne plusieurs disciplines, comme la psychologie, la psychiatrie, la philosophie de l'esprit et la philosophie de l'action. Elle est aussi liĂ©e au langage (verbal ou non), donc Ă  la philosophie du langage.

modifier Histoire

La philosophie bouddhique Ă©tudie la conscience, vijñāna et en analyse les diffĂ©rentes formes et fonctions. Il s'agit alors de l'un des constituants de la personne, skandhas, distinct de la perception, samjñā ; cependant, si vijñāna est traduit par conscience, et que le terme dĂ©signe bien une connaissance, le concept ne recouvre pas la conscience dans la pensĂ©e occidentale.

Il n’existe aucun concept strictement comparable Ă  celui de conscience dans la philosophie de la GrĂšce antique : l'ĂȘtre de ParmĂ©nide (voir ontologie) pourrait s'en rapprocher.

Chez certains auteurs romains, le mot latin prend une dimension morale dĂ©rivĂ©e du droit, exprimant le fait de se prendre soi-mĂȘme pour tĂ©moin.

Ce n’est qu’au XVIIe siĂšcle que le terme devient un fondement de la rĂ©flexion sur l’esprit.

Le concept de conscience n’a Ă©tĂ© isolĂ© de sa signification morale qu’à partir de John Locke, dans son Essai sur l’entendement humain. Avant lui le mot conscience n’a jamais le sens moderne. En particulier, Descartes ne l’emploie quasiment jamais en ce sens, bien qu’il dĂ©finisse la pensĂ©e comme une conscience des opĂ©rations qui se produisent en nous (cf. les Principes de la philosophie, 1644).

C’est le traducteur de Locke, Pierre Coste, qui a introduit l’usage moderne du mot conscience (donc en français, mais le sens du mot consciousness Ă©tait bien sĂ»r tout aussi nouveau), associĂ© Ă  l’idĂ©e d’un soi-mĂȘme dont la conscience exprime l’identitĂ©.

modifier Caractéristiques de la conscience

La conscience prĂ©sente certains traits caractĂ©ristiques :

  • Le rapport au moi ;
  • la subjectivitĂ© : la conscience que j’ai de moi-mĂȘme est distincte de celle d’autrui ;
  • la structure phĂ©nomĂ©nale ;
  • la mĂ©moire ;
  • la disponibilitĂ©, ou libertĂ© de la conscience Ă  l’égard des objets du monde ;
  • la temporalitĂ© ;
  • la sĂ©lectivitĂ© ;
  • l’intentionnalitĂ© : toute conscience est conscience de quelque chose, est tournĂ©e vers autre chose qu’elle-mĂȘme : « la conscience n’a pas de dedans, elle n’est rien que le dehors d’elle-mĂȘme. Â» (Sartre).
  • l’unitĂ© ou synthĂšse de l’expĂ©rience ;

modifier Conscience de soi

La conscience s’accompagne de souvenirs, de sentiments, de sensations et de savoir que nous rapportons Ă  une rĂ©alitĂ© intĂ©rieure que nous nommons moi. Cette conscience est appelĂ©e conscience de soi, et est structurĂ©e par la mĂ©moire et l’entendement. Elle est en ce sens une unitĂ© synthĂ©tique sous-jacente Ă  tous nos comportements volontaires. Les Ă©lĂ©ments qu’elle contient, souvenirs, sentiments, jugements, dĂ©pendent d’un contexte culturel, ce qui fait de la conscience de soi une rĂ©alitĂ© empirique changeante et multiple. L’unitĂ© et la permanence du moi ne sont donc pas garanties par l’unitĂ© de la conscience.

Le cogito cartĂ©sien ("je pense donc je suis") tend Ă  exprimer l'Ă©tat de conscience de celui qui s'exprime. Autrement dit le sujet, disant "Je" exprime une conscience de lui-mĂȘme (Ego), en termes de savoir (raisonnement - entendement). Le "Je pense" est interactif. Il implique et nĂ©cessite, pour ĂȘtre exprimĂ©, la conscience de soi. La conclusion d'ĂȘtre pourrait dĂšs lors paraĂźtre redondante. Toutefois, elle vient exprimer l'Ă©tat et la relation sensitive. "Je pense donc je suis" peut donc se dĂ©cliner en "Je sais que je ressens donc j'existe".

modifier Le rapport en premiĂšre personne

L’introspection est la mĂ©thode d’investigation de la conscience qui vient gĂ©nĂ©ralement la premiĂšre Ă  l’esprit. C’est un fait que nous pensons avoir un accĂšs privilĂ©giĂ© Ă  notre esprit, accĂšs dont la conscience serait l’expression. Mais l’investigation de notre vie mentale n’est certainement pas suffisante pour Ă©laborer une thĂ©orie de la conscience Ă©tendue : « on ne peut pas, disait Auguste Comte, se mettre Ă  la fenĂȘtre pour se regarder passer dans la rue Â». Le sujet ne peut en effet s’observer objectivement puisqu’il est Ă  la fois l’objet observĂ© et le sujet qui observe, d’autant que la conscience se modifie elle-mĂȘme en s’observant. Toute psychologie impliquerait donc d’examiner la conscience Ă  la troisiĂšme personne, mĂȘme s'il faut alors se demander comment il est possible d’observer ainsi la conscience de l’extĂ©rieur.

Le stade du miroir (se reconnaßtre dans un miroir) est souvent considéré comme un attribut essentiel de la conscience de soi, réservé à l'humain. Mais si ce stade est atteint vers l'ùge d'un an et demi-deux ans chez l'homme, certains chimpanzés expérimentés, certains autres grands singes, éléphants, dauphins, perroquets et pies, sont capables de se reconnaßtre dans un miroir, comme l'a montré le test du miroir en éthologie 2.

modifier Courant de conscience

L’idĂ©e de conscience de soi pose le problĂšme de l’unitĂ© d’un sujet, d’un moi ou d’une conscience. On peut trĂšs gĂ©nĂ©ralement distinguer deux types d’hypothĂšses :

  • la conscience est l’expression d’une unitĂ© interne − le je du je pense ; cette unitĂ© peut ĂȘtre comprise de diffĂ©rentes maniĂšres :
    • unitĂ© d’un individu − le sujet pensant, voire « l’ñme Â» (par exemple chez Descartes);
    • unitĂ© transcendantale − le sens interne comme conscience de mes contenus de conscience comme m’appartenant (Kant).
  • la conscience n’est qu’une liaison d’agrĂ©gats d’impressions (Hume) qui peut ĂȘtre dĂ©crite comme une suite plus ou moins cohĂ©rente de rĂ©cits concernant un sujet purement virtuel − le moi. Aussi, « quand mes perceptions sont Ă©cartĂ©es pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas Â» (Hume, TraitĂ© de la nature humaine, I). Selon cette thĂšse, le moi est autre.

modifier Conscience du monde extérieur

Selon Husserl, qui reprend un concept mĂ©diĂ©val, toute conscience est conscience de quelque chose. Cela suppose que la conscience soit un effort d’attention qui se concentre autour d’un objet. Cette concentration est structurĂ©e par l’expĂ©rience ou par des catĂ©gories a priori de l’entendement, structures que l’on considĂšre parfois comme les fondements de toute connaissance du monde extĂ©rieur. Dans l’idĂ©alisme moderne la conscience est ainsi la source et l’origine de la science et de la philosophie.

modifier Structure phénoménale de la conscience

À la question de savoir quelles relations la conscience entretient avec la rĂ©alitĂ© en gĂ©nĂ©ral, une description phĂ©nomĂ©nologique rĂ©pond que celle-ci a une structure spatiale et temporelle, structure qui est une organisation des concepts qui concernent notre expĂ©rience du monde et nous-mĂȘmes en tant qu’acteurs de ce monde.

modifier Conscience morale

C’est le sens premier du mot « conscience Â», que l’on trouve chez CicĂ©ron et Quintilien, et qui dans la langue française reste sans concurrence jusqu’au XVIIe siĂšcle (voir plus haut − section histoire).

La conscience psychologique est souvent Ă©voquĂ©e comme une lumiĂšre, la conscience morale comme une voix : si la premiĂšre nous « Ă©claire Â», la seconde nous « parle Â». La conscience morale dĂ©signe en effet le sentiment intĂ©rieur d’une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprĂ©cier la valeur des conduites humaines, qu’il s’agisse des nĂŽtres ou de celles d’autrui. C’est le dĂ©mon qui fit condamner Socrate.

Cette « voix Â» de la conscience, qui se fait entendre dans l’individu est pourtant, selon Rousseau, la mĂȘme en tout homme. MalgrĂ© la diversitĂ© et la variabilitĂ© des mƓurs et des connaissances, elle est universelle : elle est en nous la voix de la nature, car « quoique toutes nos idĂ©es nous viennent du dehors, les sentiments qui les apprĂ©cient sont au-dedans de nous, et c’est par eux seuls que nous connaissons la convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons respecter ou fuir Â» (Émile, Livre IV). Tel un instinct, mais pourtant signe de notre libertĂ©, elle ne nous trompe jamais, pour peu qu’on l’écoute vraiment : « Conscience ! Conscience ! instinct divin, immortelle et cĂ©leste voix ; guide assurĂ© d’un ĂȘtre ignorant et bornĂ©, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l’homme semblable Ă  Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralitĂ© de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élĂšve au-dessus des bĂȘtes, que le triste privilĂšge de m’égarer d’erreurs en erreurs Ă  l’aide d’un entendement sans rĂšgle et d’une raison sans principe Â» (ibid.).

Entendue ainsi, dit Alain, la conscience est « le savoir revenant sur lui-mĂȘme et prenant pour centre la personne humaine elle-mĂȘme, qui se met en demeure de dĂ©cider et de se juger. Ce mouvement intĂ©rieur est dans toute pensĂ©e ; car celui qui ne se dit pas finalement : « que dois-je penser ? Â» ne peut pas ĂȘtre dit penseur. La conscience est toujours implicitement morale ; et l’immoralitĂ© consiste toujours Ă  ne point vouloir penser qu’on pense, et Ă  ajourner le jugement intĂ©rieur. On nomme bien inconscients ceux qui ne se posent aucune question d’eux-mĂȘmes Ă  eux-mĂȘmes Â» (DĂ©finitions, dans Les Arts et les Dieux).

Pour Alain, il n’y a donc pas de morale sans dĂ©libĂ©ration, ni de dĂ©libĂ©ration sans conscience. Souvent la morale condamne, mais lorsqu’elle approuve, c’est encore au terme d’un examen de conscience, d’un retour sur soi de la conscience, de sorte que « toute la morale consiste Ă  se savoir esprit Â», c’est-Ă -dire « obligĂ© absolument Â» : c’est la conscience et elle seule qui nous dit notre devoir.

La question demeure cependant de savoir quelle origine attribuer Ă  la conscience morale. Car si pour Rousseau « les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments Â»(ibid.), il n’en sera plus ainsi pour Kant, qui considĂ©rera au contraire la conscience morale comme l’expression de la raison pratique − et encore moins pour Bergson, qui verra en elle le produit d’un conditionnement social, ou pour Freud, qui la situera comme l’hĂ©ritiĂšre directe du surmoi (Le Malaise dans la culture, VIII), instance pourtant en majeure partie inconsciente.

modifier Fonctions de la conscience

  • RĂ©gulation du comportement et interface avec le monde extĂ©rieur : selon la thĂ©orie de l’access consciousness, l’état de conscience est un accĂšs Ă  une information susceptible d’ĂȘtre utile Ă  l’organisme et de le guider. La conscience est donc un Ă©tat indĂ©pendant Ă  la fois de ce que cela fait d’ĂȘtre conscient de telle ou telle chose et de toute idĂ©e de structure phĂ©nomĂ©nale.
  • Fonction sociales

modifier Les théories de la conscience

Les questions de savoir ce qui caractĂ©rise la conscience, quelles sont ses fonctions et quels rapports elle entretient avec elle-mĂȘme ne prĂ©jugent pas nĂ©cessairement du statut ontologique qu’il est possible de lui donner. On peut par exemple considĂ©rer que la conscience est une partie de la rĂ©alitĂ© qui se manifeste dans des Ă©tats de conscience tout en Ă©tant plus qu’une simple abstraction produite Ă  partir de l’adjectif « conscient Â». Cette thĂšse rĂ©aliste (au sens de la philosophie mĂ©diĂ©vale, voir RĂ©alisme et nominalisme) n’a plus beaucoup de dĂ©fenseurs de nos jours. L’une des raisons est que l’investigation descriptive ne rend pas nĂ©cessaire ce genre d’hypothĂšses rĂ©alistes.

et mĂȘme des approches totalement physiques, comme celle de Jean-Pierre Changeux, selon lequel les percepts et les concepts constituent des entitĂ©s physiques se traduisant par des connexions physiques et logiques de neurones, qu’il entend mettre en Ă©vidence; c’est dĂ©jĂ  le cas pour les percepts.

IcĂŽne de dĂ©tail Article dĂ©taillĂ© : Science et conscience.


modifier Bibliographie

Par ordre alphabĂ©tique :

modifier Notes

  1. ↑ EDELMAN G., et TONONI G., Comment la matiùre devient conscience (cf. Biblio.), p. 69.
  2. ↑ Voir Ces drĂŽles d'oiseaux, Documentaire de Volker Arzt et Immanuel Birmelin (Allemagne, 2006, 2x43mn), diffusĂ© sur Arte le 5 septembre 2006 ([1])

modifier Liens Externes

modifier Voir aussi

Voir « conscience Â» sur le Wiktionnaire.


Théorie de la connaissance

Concept Â· Connaissance (philosophie) Â· Conscience Â· Croyance Â· Dialectique Â· Empirisme Â· ÉpistĂ©mologie Â· Espace Â· Imagination Â· Jugement Â· Langage Â· Logique Â· MĂ©moire Â· MĂ©taphysique Â· PensĂ©e Â· PhĂ©nomĂ©nologie Â· Philosophie du langage Â· Psychologie cognitive Â· Raison Â· Rationalisme Â· RĂ©alitĂ© Â· Science Â· Sciences cognitives Â· Sociologie de la connaissance Â· Temps Â· VĂ©ritĂ©

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